Contenu sensible - Approche bienveillante

Brisons les tabous

Ces pensées dont personne n'ose parler. Vous n'êtes pas seul·e à les vivre. Vous n'êtes pas un monstre. Vous êtes anxieux·se, et cela se comprend scientifiquement.

Temps de lecture estimé : 10 minutes

Phobies d'Impulsion

La peur terrifiante de perdre le contrôle et de faire du mal.

Mythe vs Réalité

MYTHE

"Si j'ai ces pensées, c'est que je pourrais vraiment passer à l'acte"

RÉALITÉ

Si ces pensées vous TERRIFIENT, c'est la preuve absolue que vous ne passerez JAMAIS à l'acte. Aucune personne avec phobies d'impulsion n'est jamais passée à l'acte.

Qu'est-ce que c'est ?

Vous avez des pensées soudaines et violentes : "Et si je poussais cette personne sous le métro ?", "Et si je prenais ce couteau et...", "Et si je sautais par la fenêtre ?". Ces pensées vous horrifient, et c'est précisément pour ça que vous ne passerez JAMAIS à l'acte.

Vous n'êtes pas seul·e

10-15%

des personnes avec TOC ont des phobies d'impulsion

0%

de passage à l'acte

75%

s'améliorent avec la TCC

"J'évitais les couteaux, les balcons, je ne portais plus mon bébé. J'ai cru pendant 1 an que j'étais dangereux. Aujourd'hui je comprends que c'était mon cerveau qui me protégeait trop."

— Antoine, 31 ans, en rémission depuis 18 mois

Exemples courants :

En voiture : "Et si je donnais un coup de volant et fonçais dans le mur ?" "Et si je renversais un piéton volontairement ?"

Avec un bébé : "Et si je le laissais tomber ? Et si je lui faisais du mal ? Et si je l'étouffais ?"

En hauteur : "Et si je sautais ? Et si je poussais quelqu'un ? L'appel du vide."

Avec un objet tranchant : "Et si je me blessais ? Et si je blessais quelqu'un ? Et si je perdais le contrôle ?"

Dans les transports : "Et si je criais quelque chose d'horrible ? Et si je frappais quelqu'un sans raison ?"

Avec vos proches : "Et si je faisais du mal à la personne que j'aime le plus ?"

Les vérifications compulsives

Pour "vous rassurer", vous développez des comportements de vérification :

Vérifier vos mains

Après avoir tenu un couteau, vous vérifiez vos mains pour être sûr qu'il n'y a pas de sang.

Demander de la réassurance

"Tu es sûr que je n'ai rien fait de mal ? Tu es sûr que le bébé va bien ?"

Revue mentale

Rejouer la scène dans votre tête pour vérifier que vous n'êtes pas passé à l'acte.

Recherches sur Internet

"Suis-je un psychopathe ?", "Différence entre pensée et intention", "Peut-on passer à l'acte sans s'en rendre compte ?"

VÉRITÉ ABSOLUE

Si ces pensées vous terrifient, c'est la preuve que vous ne passerez JAMAIS à l'acte.

Un vrai psychopathe ne serait pas perturbé par ces pensées. Vous, si. Votre horreur face à ces images est la preuve de votre moralité, pas de votre dangerosité. Aucune personne souffrant de phobies d'impulsion n'est jamais passée à l'acte. Zéro. Jamais.

Pourquoi ça arrive ?

Votre cerveau génère des milliers de pensées par jour, dont beaucoup sont absurdes. Normalement, vous les ignorez. Mais votre amygdale hypersensible détecte ces pensées violentes et sonne l'alarme : "DANGER ! Tu as pensé ça, tu dois être dangereux !"

Résultat : vous vous focalisez sur ces pensées, ce qui les renforce. Plus vous essayez de les chasser, plus elles reviennent (effet rebond).

C'est comme si je vous disais : "Ne pensez surtout pas à un éléphant rose". À quoi pensez-vous maintenant ? À un éléphant rose. C'est pareil avec les pensées intrusives.

L'évitement qui renforce la phobie

Pour "vous protéger", vous commencez à éviter toutes les situations qui déclenchent ces pensées. Mais l'évitement est le pire ennemi.

Éviter de tenir des couteaux, des ciseaux, tout objet tranchant

Éviter de porter des bébés ou d'être seul avec des enfants

Éviter les balcons, les fenêtres en hauteur, les quais de métro

Éviter de conduire ou d'être passager

Éviter de laisser vos proches partir seuls par peur de leur faire du mal

Le problème : Plus vous évitez, plus ces images deviennent puissantes. Votre cerveau enregistre : "Si j'évite, c'est que ces images sont vraiment dangereuses". Les ruminations se renforcent.

Scripts de pensée : Phrases à se répéter

"C'est juste une pensée intrusive. Les pensées ne sont pas des intentions."

"Si cette pensée m'horrifie, c'est la preuve que je ne passerai jamais à l'acte."

"Mon cerveau génère du bruit mental. Je n'ai pas besoin de vérifier si je suis dangereux."

"L'anxiété est inconfortable, mais elle n'est pas dangereuse. Je peux la tolérer."

Exercices d'exposition progressifs

Voici comment commencer à désensibiliser votre amygdale, étape par étape :

1

Semaine 1-2 : Observer sans réagir

Quand une pensée intrusive arrive, notez-la dans un carnet sans faire de vérification. "J'ai eu la pensée X à 14h30". C'est tout.

2

Semaine 3-4 : Réduire les vérifications

Commencez à résister aux vérifications. Si vous vérifiez vos mains 10 fois, ne les vérifiez que 5 fois. Puis 2 fois. Puis plus du tout.

3

Semaine 5-8 : Exposition volontaire

Avec un thérapeute, exposez-vous volontairement aux situations redoutées. Tenir un couteau, être près d'un balcon, porter un bébé.

4

Semaine 9+ : Réintroduire l'évitement

Retournez progressivement dans les situations que vous évitiez. Conduire, être seul avec vos proches, utiliser des objets tranchants.

Exemple concret : Hiérarchie d'exposition progressive

Voici comment construire une hiérarchie d'exposition progressive pour une phobie d'impulsion (peur de faire du mal avec un couteau) :

1

Regarder une photo de couteau

Anxiété : 2/10

2

Être dans la même pièce qu'un couteau

Anxiété : 4/10

3

Toucher un couteau (sans le tenir)

Anxiété : 6/10

4

Tenir un couteau pendant 1 minute

Anxiété : 8/10

5

Couper des légumes avec un couteau

Anxiété : 9/10

Important : On commence par le niveau 1 et on ne passe au niveau suivant que quand l'anxiété du niveau actuel est descendue à 2-3/10.

Signes que vous progressez

La guérison n'est pas linéaire, mais voici des signes encourageants :

Les pensées intrusives arrivent toujours, mais vous y réagissez moins fort

Vous arrivez à résister aux vérifications de plus en plus souvent

Vous recommencez à faire des activités que vous évitiez

Vous avez des moments dans la journée où vous ne pensez pas aux phobies

Vous arrivez à dire "C'est juste mon TOC" plutôt que "Je suis dangereux"

Comment s'en sortir ?

  • 1

    Accepter la pensée

    "Ok, j'ai eu cette pensée. C'est juste une pensée, pas une intention."

  • 2

    Ne pas la combattre

    Plus vous essayez de la supprimer, plus elle revient. Laissez-la passer comme un nuage.

  • 3

    Arrêter les vérifications

    Ne plus demander de réassurance, ne plus vérifier vos mains, ne plus chercher sur Google.

  • 4

    Exposition progressive (ERP)

    Avec un thérapeute, s'exposer aux situations redoutées pour désensibiliser l'amygdale. Tenir un couteau, être près d'un balcon, porter un bébé.

  • 5

    Arrêter l'évitement

    Réintroduire progressivement toutes les situations que vous évitiez. C'est difficile, mais c'est la seule façon de guérir.

Vous n'êtes pas seul·e

Des millions de personnes vivent avec ces pensées. La différence, c'est que vous avez décidé de comprendre et de vous en sortir.